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Ce livre résulte d’une recherche financée par l’Agence italienne pour la coopération au développement, différents organismes de recherche italiens, dont l’Université de Turin, et la direction de la Météorologie nationale du Niger. Composé de 11 articles coécrits par des chercheurs nigériens et italiens, l’ouvrage traite des risques de sécheresse et d’inondation qui affectent le Sahel, plus précisément la région de Dosso (Niger) où 20 communes sur 43 subissent pleinement ces aléas. Il s’intéresse donc aux risques dans les espaces ruraux. Peu de connaissances les concernent en général, les risques étant plutôt envisagés en fonction des espaces urbains. Ce travail traite aussi, ce qui est assez rare, d’un espace de dimension assez modeste ; il envisage la situation de communautés villageoises, soit une échelle souvent peu documentée. Les auteurs soulignent combien la variabilité climatique affecte la sécurité alimentaire des populations. C’est donc un ouvrage qui se veut aussi opérationnel, et ses conclusions sont destinées aux acteurs de l’aménagement et de la gestion du Dosso.

Travailler sur les risques de sécheresse et d’inondation impose de bien connaître ces aléas qui, en outre, concernent une région (le Sahel) marquée par une grande variabilité climatique. On regrettera d’ailleurs que celle-ci, bien que souvent évoquée, ne soit pas plus longuement documentée, ce qui aurait permis de souligner que ces aléas ne sont pas nouveaux, qu’ils affectent depuis des millénaires les populations sahéliennes. L’analyse plus fine des situations passées aurait aussi permis d’envisager comment ces populations faisaient face à de telles situations dans le passé et de mieux expliciter l’existence récente d’une rupture (en termes climatiques au moins, mais aussi démographiques) par rapport à ce passé. La variabilité est-elle plus grande que par le passé ? Est-elle responsable de plus de dysfonctionnements affectant les populations et leur environnement ? Quelle part, dans ces dysfonctionnements, revient à la croissance démographique, laquelle implique certainement de nouvelles pratiques du territoire ?

La plupart des 11 articles insistent sur les aléas récents et leur ampleur accrue (s’agissant notamment des inondations) sans replacer suffisamment ces événements dans le temps long du Sahel. En outre, la présentation de la situation récente envisagée dans la plupart des articles amène des redites. Les éviter aurait donné plus de force à l’ensemble de l’ouvrage. Traiter des risques nécessite d’envisager les populations soumises aux aléas, les modes de cultures, d’élevage, de collecte du bois, les échanges avec des régions voisines, etc. et, bien sûr la croissance démographique ainsi que l’implantation géographique des populations (près ou dans des espaces potentiellement inondables). Or, si ces aspects qui renvoient à la vulnérabilité des habitants, sont évoqués, ils ne sont pas traités avec l’ampleur nécessaire permettant d’effectuer des diagnostics très étayés. De même, peut-on regretter que dans ce travail, qui se veut opérationnel, ne soit pas développé le point de vue des habitants (connaissance des aléas, modes de protection traditionnels parfois mis en oeuvre, etc.) et des acteurs de la gestion des territoires à plusieurs échelles de décision. La recherche privilégie une approche technicienne essentiellement orientée vers la connaissance de l’aléa (inondation plus que sécheresse), connaissance certes nécessaire dans un espace (le Dosso) jusqu’ici peu étudié, mais à accompagner d’autres approches sociales, économiques, sociologiques, etc. On regrettera donc que les analyses présentées dans l’ouvrage ne fassent pas la part suffisante aux populations, à leur mode de vie, à leur capacité de résilience, toutes choses indispensables à envisager pour effectuer une analyse des risques, de leurs impacts possibles sur les populations et des réponses efficaces. De même, une réflexion approfondie sur la variabilité climatique du Sahel, par ailleurs bien documentée dans des travaux français, allemands et anglo-saxons, aurait permis de replacer les fluctuations récentes dans de longues séries auxquelles les populations ont dû faire face, avec ou sans résilience, et de situer les populations au coeur même de la question des risques. C’est donc une approche utile et fine, mais qui devrait être largement étoffée par des études sur la vulnérabilité et la résilience.